Edito de Monseigneur Vincent Dollmann du 20 Septembre.

Notre nouvelle archevêque s'exprime sur la piété populaire et les pèlerinage locaux. Cela conforte les marcheurs de Notre-Dame du Saint Cordon dans leur mission diocésaine.

« Estimer et vivre la piété populaire »

L’Église catholique a toujours perçu sa mission comme le prolongement de l’action miséricordieuse de Dieu en Jésus ; elle le manifeste par son engagement envers les plus petits, ou encore par sa doctrine sociale, mais également par l’estime qu’elle porte à la piété populaire. Je pense aux bénédictions et aux processions, ou encore à la dévotion des saints. À peine arrivé dans le diocèse, j’ai célébré à Cambrai la fête de l’Assomption suivie de la procession, de la cathédrale aux portes de la ville. Récemment j’ai présidé les célébrations de Notre-Dame du Saint-Cordon à Valenciennes avec le parcours de plusieurs kilomètres à travers la ville ; puis la neuvaine de prière qui a suivi.

 

Par son attention particulière au mystère de l’incarnation et de la passion du Christ, la piété populaire souligne le caractère concret et total du salut en Jésus. Elle nous renvoie à la profondeur de notre foi chrétienne qui est non seulement adhésion à l’enseignement du Christ, mais aussi rencontre du Christ et attachement à sa personne.

 

Pour soutenir le discernement pastoral, la Congrégation pour le Culte Divin a promulgué en 2001 un Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Celui-ci affirme clairement la centralité de l’Eucharistie et des sacrements, mais souligne l’urgence de maintenir la relation vivante entre la liturgie et la piété populaire.

 

Pour servir ce lien vivant entre la liturgie et la piété populaire, le pasteur et l’ensemble des responsables de l’animation liturgique doivent maintenir déjà en eux la sensibilité pour la piété populaire. Cette attitude concerne en premier lieu nos propres expressions de piété qui prolongent la liturgie et rythment nos journées. Le Pape François ne cesse de souligner le bienfait du bénédicité, la prière à table, pour les familles et les communautés.

En nous interrogeant sur notre propre piété, il nous faut naturellement nous interroger sur la qualité et la vérité de nos pratiques et de les laisser éclairer par les gestes et l’enseignement du Christ lui-même.

 

Ce discernement personnel permet alors au pasteur de mieux intégrer la piété populaire dans sa pastorale et d’en actualiser les formes. Si la liturgie officielle de l’Eglise, notamment l’eucharistie doit être enracinée dans la foi des apôtres et ne pas être l’objet d’expérimentation, la piété populaire peut être le lieu de la créativité et de la recherche d’enracinement de la foi dans les champs sociaux culturels les plus variés. Je pense par exemple à la réaction originale de Chrétiens, il y a quelques années, face à la promotion commerciale fortement médiatisée de la fête païenne ‘Halloween’, autour de la Toussaint. Des concerts et des spectacles furent organisés sous le vocable de ‘Holywins’, la sainteté gagne.

 

La piété populaire offre aujourd’hui encore des temps et des lieux privilégiés de rencontres entre les générations, par son caractère familial et festif : durant ma découverte estivale du diocèse, j’ai présidé avec joie une étape de la route mariale auprès de la grotte de Lourdes de Preux-au-Bois. Les employés communaux avaient transporté les chaises. Petit à petit les personnes sont arrivées en famille ou en petit groupe, à pied ou en voiture. Je me rappelle également avec émotion du beau chemin de croix lors du pèlerinage à Lourdes dans la nuit sur la colline. Les jeunes avaient non seulement préparé les méditations, mais encore organisé l’éclairage du chemin et des stations à la lumière des torches.

 

Enracinée dans l’Évangile et la liturgie de l’Église, la piété populaire peut ainsi tisser des liens entre les générations et féconder le terreau social et culturel.

Puissions-nous estimer la piété populaire et en vivre nous-mêmes à la lumière de l’Évangile.

Qu’elle nous donne de mieux vivre nos missions et nos tâches quotidiennes sous la mouvance de l’Esprit du Christ.

 

  + Vincent Dollmann

Archevêque  de Cambrai

Article publié par Philippe De Bruyn • Publié Lundi 22 octobre 2018 • 37 visites

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